Citation du maintenant


" Книга - друг челавека. " (Livre - ami de l'Homme)

- Proverbe Russe

21 déc. 2010

Jeux vidéos.

       On dirait que plusieurs personnes de la génération de mes parents (figurez, les gens nés avant 1960, grosso modo) ne comprennent pas l'importance que les jeux vidéos ont pris dans le monde du divertissement. Je fais parti des premières générations qui ont grandi avec les jeux vidéos. J'ai reçu un Nintendo-NES à mon anniversaire de cinq ou six ans. Puis ça a été un Gameboy - celui qui pesait 10 livres avec un écran noir et blanc. Ensuite, j'ai eu une console éducative. Puis mes parents m'ont donné le choix entre un Sega Genesis et un Super Nintendo; j'ai choisi le SNES. Quelques années après, c'est un ordinateur qui est entré dans la maison, avec toutes les opportunités de jeux que ça implique. Simcity, Warcraft, Command & Conquer, Duke Nukem, etc.

       Les jeux vidéos, c'est un gros morceau de notre culture. Mais on dirait que les gens des générations précédentes, qui ont vu les jeux vidéos débarquer dans leur société de consommation alors qu'ils étaient eux-mêmes adultes, ont eu la forte tendance à associer jeux vidéos et enfants - pour ne pas dire enfantillages. Un Nintendo, c'est pas sérieux. Ben non, c'est pas sérieux, pas plus sérieux qu'une planche de Monopoly ou de Serpent et Échelle. Pas plus sérieux qu'un mot croisé.

       J'ai vingt-cinq ans. Je consomme toujours une bonne quantité de jeux vidéos. J'ai grandit avec ça, c'est un divertissement familier. Et dans tout ça, on dirait que les générations précédentes ont pas conscience du fait que, à trente ans, les gens de ma génération vont encore consommer des jeux vidéos. Puis à quarante ans, encore. Puis à cinquante ans. Autant le mononcle rocker qui écoutait du Charlebois dans les années 70 trippe encore à écouter ses viniles maintenant qu'il a 60 ans, autant les gens de ma génération vont aimer jouer à des jeux vidéos rendu au même âge. Comme le décalage générationnel qui sépare les générations Gamers des générations non-Gamers est encore présent dans la société, j'ai l'impression que beaucoup de gens ne réalisent toujours pas que, rendu à quatre-vingt cinq ans, je vais voir mon petit fils jouer à Final Fantasy 45 sur son Playstation 19 et je vais lui raconter les vieilles aventures de Cloud dans Final Fantasy 7, sur le premier Playstation, en 1997, dans le temps que les graphiques étaient encore juste en 64 bits. Et puis je vais surement chialer sur le fait que dans le temps de FF7, le système de power-up avec les Materia pis les Summons étaient ben mieux fait pis ben moins compliqués. Puis à mon aniversaire de quatre-vingt six ans, le même petit fils va venir passer une journée avec moi pour me montrer comment il fonctionne, le nouveau FF45, et puis je vais me rendre compte que, finalement, c'est vraiment l'fun.

       Quand je vais être vieux, les soins gériatriques vont être pas mal plus simples. Une  grosse TV, une console, 16 manettes, pis go les vieux, vous faites un Death Match de Unreal Tournament pendant que l'infirmière va fumer dehors 2 minutes.

17 déc. 2010

Ce n'est pas moi qui parle.

Фёдор Михaйлович Достоeвский
Fyodor Mikhaïlovitch Dostoïevski
       Ce n'est pas moi, non : c'est Dostoïevski.

       « Le sang et le pouvoir enivrent; l'abrutissement et la débauche se développent; l'esprit et les sentiments finissent par comprendre, et, finalement, aimer, les phénomènes les plus anormaux. L'Homme et le citoyen meurent pour toujours dans le tyran, et le retour à la dignité humaine, au remords, à la renaissance, lui deviennent quasiment impossible. »

       « La réalité est infiniment diverse, comparée à toutes les déductions, même les plus futées, de la pensée abstraite et elle ne souffre pas les distinctions trop fortes, trop violentes. La réalité tend à la fragmentation. »

       Ces deux citations sont tirées du roman Les carnets de la maison morte.

       « Le ciel était terriblement obscur, mais on pouvait nettement distinguer les nuages, avec, entre eux, des taches noires insondables. Tout à coup, dans l'une de ces taches noires,  j'ai remarqué une toute petite étoile, et je me suis mis à la regarder fixement. C'était parce que cette toute petite étoile m'avait donné une idée : j'ai décidé de me tuer cette nuit-là. »

       « À la fin, ces Hommes s'épuisèrent dans un travail absurde, et la souffrance parut sur leur visage, et ces Hommes proclamèrent que la souffrance est la beauté, car seule la souffrance est porteuse de pensée. »

       Ces deux ciations sont tirées du récit Le rêve d'un Homme ridicule.



       Il y a de ces auteurs qui « sonnent juste. » Dostoïevski en est un. Je peux également nommer Camus, Kundera, Auster, Tunström, Laferrière, Faulkner... La moindre étincelle d'humanité, ils la saisissent, se l'approprient, soufflent tranquillement, patiemment dessus, puis en font une flamme, un petit feu, un foyer en bonne et due forme - parfois, ils vont jusqu'à en faire un brasier, au point où ils en perdent le contrôle - et les mots se dotent d'une vie qui leur est propre, hors de tout intellect. L'auteur voit ses mots le dépasser, tout ravager, tout consumer.

       Et quand cela se produit, c'est merveilleux.

8 déc. 2010

Русский Алфавит.


       Comme je termine mon certificat cet automne, j'étais inquiet de passer l'hiver sans avoir de cours à l'Université. J'ai donc décidé de m'inscrire comme étudiant libre pour la session d'hiver 2011. J'adore les langues étrangères, j'adore les cultures nordiques, j'ai découvert récemment la littérature et le cinéma russe. J'aime bien me lancer des défis et je sais que j'ai une  certaine facilité avec l'apprentissage des langues. Je me suis donc dit : pourquoi pas prendre un cours de russe?

       Eh bien, voilà. Je suis officiellement inscrit, je commence le lundi 10 janvier. J'ai vraiment, vraiment très hâte de débuter. Hâte au point que, sachant que l'alphabet cyrillique va représenter un obstacle considérable - le premier gros obstacle, en fait - j'ai décidé de prendre un peu d'avance et de commencer à me familiariser avec l'alphabet russe : Русский Алфавит. C'est pas trop compliqué, il faut briser quelques réflexes dans certaines associations entre les sons et les lettres, ce qui peut être embêtant par moment, mais à la base, c'est rien de monstrueux. Moins ardu que les écritures japonaises ou chinoises, par exemple : avec le cyrillique, on reste dans une expression langagière écrite basée sur des agencements de phonèmes d'un nombre limité.

       Ce qui me complique la tâche un peu, c'est l'écriture cyrillique cursive - les lettres attachées. Un peu comme avec notre alphabet latin, l'alphabet cyrillique présentes des lettres qui changent de forme quand on passe au style cursif, pensez à notre f ou notre r minuscule. Sauf qu'avec le cyrillique russe, sur les 33 lettres de l'alphabet, il y a un nombre beaucoup plus grand de lettres qui changent de forme. Et parfois, elles prennent une forme identique à une de nos lettres latines. Bref, encore des réflexes à briser.

       Je crois que le russe va être un beau défi, pour cet hiver. Si j'aime, je vais certainement continuer avec le second cours, plus avancé. Avec le temps, commencer à bouquiner dans une librairie du quartier russe ne me déplairait absolument pas. Mais avant, je vais commencer par prendre ce premier cours!

       Un ami prend également ce cours, ses intérêts étant semblables aux miens. Ça va faire quelqu'un avec qui pratiquer mon baragouinage de débutant autour d'un thé samovar bien chaud. Autrement dit, une autre source de motivation - et fort probablement de plaisir. Je sens que mon hiver va être très intéressant...

2 déc. 2010

Liberté vs. obligations. (ainsi que crime et châtiment)

L'embarras du choix... ?
       Je l'ai déjà dit, j'aime l'Université. J'aime les portes qu'elle ouvre. J'aime le côté social qu'elle comporte. J'aime l'interaction intellectuelle qui en constitue la base. J'aime la liberté qu'elle apporte.

       La liberté. Mouais. Sauf dans un domaine.

       Choisir quels livres je lis.

       Quand je suis à l'Université, je perds la liberté de lire ce que je veux quand je veux. Si je suis chanceux, les livres à lire sont intéressants - c'est souvent le cas, en fait. Mais même quand les livres sont intéressants, ce n'est jamais la même chose que d'avoir la liberté de choisir sa prochaine lecture, que d'avoir la liberté de passer 20 minutes devant les tablettes de sa bibliothèque pour bien savourer le moment du choix du livre qui va habiter nos temps libres pour les prochains jours. Parfois plus que les temps libres d'ailleurs : d'la marde la lavage, moé je lis.

       Au début de la présente session, j'ai non seulement eu à renoncer à ma liberté de choix de lecture, mais j'ai même été obligé d'abandonner une lecture entamée. Il s'agissait de L'immortalité, de Milan Kundera. Abandonner un livre en cours de lecture? Et un Kundera en plus! Je vois d'ici quelques-unes de mes connaissances se scandaliser à cette idée - vous vous reconnaissez, si vous lisez ceci. Oui, lapidez-moi. Je le mérite.

Fyodor Dostoïevski
       Donc, la liberté du choix de livre. Pour la première fois depuis septembre, ce soir, j'ai eu cette liberté. L'élu : Les carnets de la maison morte, de mon vieux Dostoïevski. Vous comprendrez que ce serait ignoble de ma part que de retourner directement à L'immortalité de Kundera, un livre abandonné en milieu de parcours. Non seulement je dois venir à terme avec ce crime littéraire que j'ai commis (j'ai de la difficulté à me convaincre d'abandonner la lecture d'un livre que je trouve ennuyant, c'est pour moi une question de respect, à la fois envers l'œuvre, l'auteur et moi-même) mais je dois également attendre d'être dans le bon mood pour replonger dans le bouquin en question.

       Je termine donc ce billet en offrant mes plus sincères excuses aux auteurs dont j'ai abandonné une œuvre en cours route :  Franz Kafka, Milan Kundera, Mary Shelley, Léon Tolstoï, et j'en oublie surement.
      

30 nov. 2010

Ingmar Bergman.

Ingmar Bergman
       Je viens de terminer l'écoute de Bergman Island, un documentaire paru en 2004. Au fil de ses 80 minutes, on partage l'intimité du (très) grand cinéaste Ingmar Bergman - à la fois l'intimité de son foyer sur l'île de Fårö, en Suède, et l'intimité de ses pensées, de son bagage de vie. Cet Homme s'offre tout entier à Marie Nyreröd, qui mène l'interview autour duquel le documentaire se construit. Connaissant relativement bien l'œuvre de Bergman - plusieurs de ses films se sont inscrit en moi de manière absolument indélébile - je n'ai pu que fixer mon écran de télévision et boire chacune des paroles de cet homme habité par un besoin de créer. Son honnêteté est belle, troublante, parfois même cruelle.

       Pour le p'tit jeune que je suis, moi qui commence à découvrir le rapport entre un Homme et sa fibre créatrice, l'immense sentiment d'accomplissement de soi qu'elle peut fournir, ce documentaire a été une expérience quasi spirituelle. Bien sur, je n'ai pas été d'accord avec  chacun des mots de Bergman : j'ai un sens critique en plus d'avoir mes propres idées sur bien des choses. Mais voir un homme de sa stature poser un regard franc sur le chemin qu'il a laissé derrière lui, autant ses bons jours que ses moins bons, ne peut qu'être inspirant. Un tel partage de la part d'un artiste aussi imposant mérite mille fois d'être immortalisé sur vidéo.

Det Sjunde Inseglet, 1957

       Ici, je me rend compte que, en fait, je ne sais pas trop où je voulais en venir avec ce billet. Remarquez, je vis de manière assez forte avec ma propre créativité depuis quelques mois. Plusieurs des enseignants que j'ai eu le bonheur d'avoir à l'UQÀM m'ont permis de trouver le moyen de puiser dans des ressources dont je ne soupçonnais même pas l'existence il y de ça moins de deux ans. Je crois que j'ai pu trouver une certaine forme de miroir dans cet Ingmar Bergman qui s'ouvre tout grand. Je me rend compte de la beauté qu'une vie passée à créer peut contenir. Je me rend compte que nos plus grands succès ne sont pas nécessairement ces projets auxquels nous accordions le plus d'importance. Je me rend compte que l'on peut voir nos projets les plus chers faillir, s'écrouler entre nos doigts comme une statue de poussière et ainsi, malgré un succès fulgurant dans un « ailleurs » quelconque, notre paix avec la vie peut rester difficile à atteindre. La paix, je crois, plus que le bonheur, est ce qu'on cherche tous. La vraie paix.

Ingmar Bergman

       Je songe à tout ça et j'ai un peu le vertige. Je me demande comment ma vie va se dérouler par rapport à ma créativité - créativité à laquelle j'attache de plus en plus d'importance. Dans le documentaire, Bergman ennumère une liste de ses Démons personnels. Le dernier qu'il nomme est le Démon du Néant. Il décrit cet être comme un grand silence, celui qui règne quand notre imagination et notre créativité nous abandonnent. Il met ce dernier Démon à part des autres car c'en est un qu'il a toujours effroyablement redouté sans jamais avoir eu à l'affronter - et il admet en être grandement reconnaissant. Je me demande si ce Démon de Bergman pourrait en être un pour moi également. Et je me demande comment je réagirais si j'avais à lui faire face. Beaucoup de questions alors que j'ai à peine le quart de ma vie d'écoulé, mais ça, c'est ce que je suis. Je crois que c'est un de mes Démons, le Démon du Questionnement sans Réponse.

24 nov. 2010

Metal.

       Je suis métalleux. Voilà. Je trippe sur le gros métal. Je headbang avec mes chums quand on écoute un album qu'on aime. Je joue de la basse et je fais exploser des tête avec des riffs hyper rapides et techniques. J'aime bien Metallica et Megadeth bien que ce soit pas mes préférés. J'aime beaucoup Symphony X et Opeth. Là, on reste dans les trucs assez standards, point de vue métal.

Arcturus
       Je suis un grand fan de Vintersorg et Borknagar. J'aime énormément Arcturus, Age of Silence et Solefald. Ici, on entre dans les trucs moins accessibles, avec des influences de musique folk, une grosse touche progressive, souvent même carrément avant-gardiste. C'est des musiciens qui réfléchissent sérieusement à ce qu'ils expriment par leur musique et si un solo d'accordéon par-dessus un beat techno-crasseux ou un monologue de 10 minutes semblent être un chemin intellectuellement significatif, ils ne vont pas se gêner pour couper un riff de guitare et un beat de drum hyper violent pour les incorporer. Ces bands ont la curieuse tendance à venir souvent de Scandinavie, de Norvège, plus particulièrement, où les musiciens d'un cercle bien connu s'échangent les collaborations et font bouillonner une vraie mine d'or de musique originale, intéressante et songée.

Couverture de l'album Butchered at Birth, de Cannibal Corpse
       Plusieurs d'entre vous connaissez surement des groupes comme Cannibal Corpse (on les voit dans le film Ace Ventura). Peut-être même Suffocation. Du gros death metal bien gras et bien méchant. Comme le dit mon chum Jef, c'est de la musique qui donne « le feeling du tueur.» Juste en écouter, ça défoule. Pas mon genre de prédilection, mais une fois de temps en temps, une bonne dose, ça remet les idées en place. Sinon, je suis plutôt le genre death technique, vous n'avez qu'à aller voir Spawn of Possession, Atheist ou Cynic. Apprendre à jouer ce type de matériel prend énormément d'expérience et de talent. On parle souvent de musiciens qui ont un bacc, une maitrise ou même un doc en musique jazz ou classique. Bref, c'est pas juste des punks qui font du bruit.

Varg Vikernes, à son entrée en cours en mai 1994
       J'ai un énorme faible pour le black metal. Avec ce style là, on commence vraiment à entrer dans un monde de fuckés. Des bands comme Burzum et Mayhem ont des histoires de suicides et de meurtre et d'incendies d'églises chrétiennes en Norvège dans les années 90. En 1993, Varg Vikernes, le mec de Burzum (également bassiste de Mayhem à cette époque) s'est « défendu » d'un supposé assaut de Euronymous, guitariste de Mayhem - il s'est défendu en lui assenant 23 coups de couteaux, dont plusieurs dans le dos. Ça sonne bidon, surtout quand on connait les problèmes internes auxquels Mayhem faisait face au plan des décisions à prendre par rapport à la distribution de leurs albums. C'est ce même type, Vikernes, qui a commis plusieurs des incendies d'églises mentionnés ci-haut. Il s'agit ici d'un mouvement non pas satanique, mais anti-chrétien à forte tendances vers les religions païennes scandinaves. Et un lien peut souvent être fait entre la scène black metal et les mouvements néo-nazi ou white-power. Reste que ces deux bands, Burzum et Mayhem, sont parmi mes favoris pour ce style de musique. Les artistes sont souvent un peu fous - c'est vrai partout, tout le temps. Et je pourrais sortir d'autres histoires de ce genre reliées au milieu black metal. Les amateur du genre les connaissent toutes, les racontent souvent avec une touche de fierté inconsciente. « Les musiciens que j'aime sont plus fous que ceux que tu connais, mon style de musique est trop particulier pour toi, t'es pas prêt à faire face à tout ce que ma musique représente. » J'ai vu ça souvent, chez des jeunes qui entrent tout juste dans ce milieu. Pas très différent des jeunes rappeurs qui s'habillent en gangsta et commettent des vols pour être hots devant leur chums. Des jeunes qui se cherchent, quoi, et à qui il est difficile d'en vouloir, mais qui parfois commettent des gestes irréparables. La vie est partout pareille.

Darkthrone
       Reste que ce type de... situation particulière (?) est l'affaire presque exclusive d'une minorité bien spécifique la scène black metal. On peut parler de bands comme Immortal, Keep of Kalessin, Judas Iscariot, Darkthrone ou Nargaroth qui, tout en ayant parfois une histoire mouvementée, ne vont jamais aux extrêmes mentionnés plus haut. Dans la majorité des cas, au sein des fans de ce genre de musique, le sentiment face à ces incidents est une neutralité un peu attristée. La position juste (ou idéale) est difficile à saisir : on aime la musique que ces musiciens produisent, mais on veut se dissocier de leur histoire, de leurs idéaux parfois racistes ou extrémistes. On dit aimer leur musique pour ce qu'elle est tout en mentionnant qu'on se balance complètement du fait que l'artiste soit un meurtrier néo-nazi. Et vous savez quoi, dans 90% des cas, c'est vrai : la musique est tout ce qui importe.

       Je crois que cette dernière phrase est une bonne conclusion - la musique est tout ce qui importe - car dans le fond, le metal, peu importe le style, c'est précisément ça : la musique, et rien d'autre. Le show est intéressant, les histoires peuvent attiser la curiosité, mais c'est la passion pour la musique qui garde tout ça en vie. Ce devrait être une évidence, mais ça se perd dans les méandres de rumeurs et d'images négatives perpétrées depuis les années 80 quand Alice Cooper prenait plaisir à se prendre pour Satan, sur scène.

       On reconnait un vrai quand on en voit un. Et les vrais, ils laisseraient tomber le métal pour rien au monde. 



*       *       *



Blind Guardian
       Ce qui m'a motivé à écrire ce billet, c'est ma soirée d'hier : j'étais au Metropolis, au show du band qui m'a introduit au monde métal et qui est resté mon band préféré, indétrônable en plus de dix ans. Blind Guardian.

       J'ai passé tout le temps de leur prestation dans la foule, sur le par-terre, à me faire aller comme un diable. Ils jouent un type de métal fortement axé sur la vitesse. En langage métal, c'est synonyme de thrash pit. Vous savez, ces cercles au milieu des foules dans lequels les gens se lancent dans tous les sens, les uns contre les autres? Et oui, j'y participe à chaque occasion que j'ai. J'adore. Ça défoule, ça entraine, ça rend vivant, ça soulève. C'est violent. Parfois, on tombe - mais on se fait rapidement relever par les autres participants - tout le monde garde toujours un œil ouvert, prêt à tout arrêter pour relever un confrère tombé combat. Un contact visuel pour s'assurer que tout va bien, une tape dans le dos, et puis on se fait relancer dans le tourbillon. Quelques fois, on se fait mal. Ça fait partie du jeu. No big deal. On prend un repos de 5-10 minutes et on recommence, un peu de sang séché encore crouté en dessous du nez. Ça n'a pas d'importance. J'ai moi-même gardé quelques bleus de ma soirée d'hier. Je les regarde en riant, en me rappelant le bon temps que j'ai passé. La musique qui file à 300 à l'heure dans l'air autour, les gens dans le trash savent qu'un solo de guitare totalement dingue débute dans 10 secondes. Tout le monde prend son souffle et 5... 4... 3... 2... 1... quand le soliste commence à enfiler les notes à une vitesse folle, c'est le regain d'énergie et le pit au complet se remet en mouvement. C'est dément. C'est unique.

The Bard's Song - In the Forest, la balade emblématique
       Et puis le chanteur nous annonce une pause. La balade de guitare acoustique emblématique du band - celle qui leur a valu leur surnom de Bardes du Métal - débute. Tous ceux qui étaient affairés à se jeter les uns contre les autres 15 secondes plus tôt se prennent par les épaules, une file de fans essoufflés et en sueur, et avec le reste de la salle, tout ce beau monde chante les paroles à saveur médiévale, histoire d'un barde et de ses chansons mystiques sorties d'un monde de dragons, d'elfes et de magie. Le chanteur du band se tait, regarde la foule de 1000 personne chanter à sa place et la satisfaction qui est si présente dans l'assistance apparait dans toute sa lumière sur le visage des musicien - des bardes. Si vous avez 3 minutes de libre, allez voir ce vidéo d'une prestation de cette pièce devant public. Ça aussi, c'est unique. Qu'on vienne me dire après que la magie existe pas.

       Mais le métal, ça bouge. Aussitôt cette pièce terminée, le chanteur le confirme : « back to the serious stuff. » Et devinez quoi? Eh oui, le thrash se remet en mouvement, la sueur se remet à couler. Et puis un coup dans les côtes qui fait perdre le souffle, c'est vraiment pas si grave.

14 nov. 2010

Étrange sentiment.

Relativity, Escher, 1953
       Au début de la semaine dernière, Alain Gagnon a publié un de mes textes sur son blogue.

       J'ai maintenant une semaine de recul pour évaluer tout ça. L'expérience de voir un de mes textes affichés à travers une volonté autre que la mienne, ça a été une expérience assez particulière. Il faut comprendre que c'est ma première publication. Je croyais que j'aurais plus de sentiments vifs en voyant mes écrits publiés de la sorte, mais en fin de compte, ça ne m'a presque pas fait un pli. En fait, j'ai même un peu perdu intérêt dans mon texte. J'étais friand de le publier (oh, wow, ma première publication!) mais finalement, ça a passé un peu à plat. Pas que je regrette l'expérience, c'est plutôt que l'écriture de ce texte a été beaucoup plus intéressante que le fait de le voir publié. Je voyais plusieurs défauts, je savais que j'aurais pu faire telle ou telle chose de telle autre manière, je me trouvais un peu con de pas avoir fait telle ou telle chose. Bon, l'histoire un peu typique, je crois. Mais c'est réellement le désintérêt envers le texte qui m'a quelque peu secoué. Comme un jouet avec lequel j'aurais eu terminé de jouer, un peu fatigué de le voir autour de moi. Plutôt étrange, je croyais  que mon rapport à l'écriture était d'une autre nature - mais est-ce que c'est le rapport à l'écriture qui est concerné quand on se voit publié? Je sais que ce que j'ai voulu dire par ce texte était honnête au moment de l'écriture, alors je ne regrette absolument rien - ce sont d'ailleurs des idées qui m'habitent encore. Je suis également heureux d'avoir enfin une première publication (l'usage du terme enfin dans cette phrase m'est venu spontanément... ça aussi c'est intéressant).

       Bref, je me vois continuer à écrire et à publier, mais je sens que je vais avoir de la difficulté à faire face à mes écrits après-coup. Pas par difficulté de les assumer (encore ici, le concept de l'honnêteté au moment de l'écriture) mais plutôt par... j'en suis pas certain, en fait. Désintérêt, oui, mais ça je l'ai déjà dit et je sens qu'il y a quelque chose de plus profond, de plus difficile à saisir.

       Peut-être par vague sentiment d'ennui. Comme si, maintenant qu'il est publié, il ne s'agissait plus que d'un bibelot auquel je ne peux plus rien changer. Comme un vase qu'on aurait pris tant de plaisir à faire - au moment de le sortir du four, cuit, on se rend compte qu'on ne peut maintenant plus y toucher, seulement le regarder d'un air un peu ébahis,  niais, sans trop savoir quoi en faire. Alors on le laisse là. Et il commence à prendre la poussière. À la différence ici que le texte ne peut pas prendre la poussière : d'autres le manipulent et l'interprètent - le ré-écrivent, en un certain sens.

       Au bout du compte, je crois que j'aurai de la difficulté à faire face à mes textes, mais que je prendrai grand plaisir à faire face aux critiques et aux analyses. Je suis une personne qui analyse beaucoup, peut-être trop, mais c'est parce que j'y prend plaisir. J'aime le plaisir intellectuel qu'amène l'élaboration d'idées, de concepts. J'aime faire des liens entre les éléments et voir les structures qui s'élaborent. Ça ressemble souvent à des peintures d'Escher.

       Bref, je crois que, malgré mon ennui, je vais arriver à trouver mon compte dans toute cette histoire.

      

7 nov. 2010

La peur.

Goudurix, célèbre champion gaulois de la peur
       J'ai publié dans un billet précédent un extrait d'un essai que j'ai écrit dans le cadre de mon cours universitaire Atelier d'écriture II, cours que j'ai complété à l'hiver 2010. J'ai mentionné mon intention de possiblement publier un autre extrait de cet essai dans un futur plus ou moins proche. Eh bien, je sens venu le moment de le faire. Avec plus d'une semaine sans publier de billet, le thème de la peur semble approprié.

       Cet extrait de l'essai est suivi d'un court texte de fiction qui affiche mon affection pour tout ce qui a trait aux films de zombies; j'ai tenté une approche littéraire de ce monstre sanguinolent souvent associé au divertissement facile, mais pourtant si riche en significations et si parlant quant à nos peurs trop humaines.

       C'est donc un billet axé sur la peur, sur le sens profond de cette émotion qui fait vibrer nos cordes primaires et qui, souvent, nous maintient en vie malgré nous.

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Vincent Van Gogh, Autoportrait
La peur et le miroir
L'écriture est, pour moi, une recherche. C'est une quête sacrée pour étancher une soif intense de tout. La quête du Graal : la recherche de tout ce qui l'y a de meilleur en ce monde, endiguée par le fait que l'on sait ce but inatteignable. Sa nature même le dicte. S'efforcer de l'atteindre est louable, suffisant. On ne peut demander plus d'un mortel. « Dans cette situation, médiocrité et génie sont aussi inutiles l'un que l'autre. Nous n'avons aucun intérêt à conquérir un quelconque Cosmos. Nous voulons étendre la Terre jusqu'aux limites du Cosmos. Nous ne savons que faire d'autres mondes; nous n'avons que faire d'autres mondes. C'est un miroir, qu'il nous faut. Nous nous efforçons d'établir un contact, sans jamais y arriver. Nous sommes dans la ridicule situation humaine de vouloir atteindre un but dont nous avons peur, dont nous n'avons pas besoin. L'Homme a besoin de l'Homme.1 » Par la bouche de l'un de ses personnages, Andreï Tarkovski exprime un sentiment qui, je le crois, habite mon activité d'écriture. Une peur inhérente à ma pratique est évidente. Je suis en droit – en devoir – de me demander si j'ai réellement besoin de l'écriture. Le miroir que je cherche ne s'y trouve peut-être pas, mais je dois faire confiance. Une vie passée à chercher au mauvais endroit vaut peut-être la peine dans la mesure où l'on détient cette confiance. On recherche la continuité et le renouveau de ce que l'on connait, de ce que l'on sent; un désir de voir s'étendre jusqu'aux autres une idée qui nous consume. Partager la beauté d'un paysage intérieur en sachant que l'autre le percevra de la même manière, sera touché de la même façon, au même endroit, avec la même intensité : l'égoïsme de chercher dans l'autre un miroir qui nous renvoie notre propre réflexion, celle que l'on désire voir, que l'on souhaite indépendante de nous, mais toujours en accord avec nous. Revivre pour soi-même ces moments délicieux, la découverte de l'idée, si seulement en partie, à travers le regard de l'autre. La symbiose de l'écriture passe par l'égocentrisme absolu de la recherche de soi dans le lecteur. Passer par l'autre pour revenir à soi – mais trop souvent, je me bute à Sartre : « L'enfer, c'est les Autres.2 » Le Graal est hors de portée. D'autres mots doivent sortir, remplir le blanc des pages. Un autre X sur ma carte. Je reprends ma boussole, j'y ajoute un point cardinal : « vanité. »

1Andreï Tarkovski, Solyaris, Moscou, 1972, 169 min, DVD.

2Jean-Paul Sartres, Huis clos, Paris, Éditions Gallimard, 1947, p.92.


*       *       *

Le second souffle

        Une dame se fige à la vue de son fils mort. Debout au coin d'une rue, les bras le long du corps, il ne bouge presque pas. Elle hésite. Une main sur la joue; la chair froide l'accueille sans frémir. Un cou brisé retient à peine la tête.

Night of the Living Dead, George A. Romero
        À la vue de sa femme, l'homme se met à hurler. Ces yeux laiteux qui le fixent, il ne peut pas croire que ce sont les siens. Jamais il n'a vu sa femme ainsi. Elle est dans le jardin. Ses cuisses tachées de sang bruni rappellent au père le prix qu'il a dû payer pour sauver son enfant. La voyant là, immobile, livide, il se demande si elle lui a pardonné. Il sort, s'approche – elle reste figée. Il s'efforce d'avancer; ses membres s'allègent, sa vision se brouille. Il s'effondre en pleurant, pose ses mains sur des pieds rigides et glacés.

        Le deuil a été ardu. Son père n'avait pas le droit de partir. Vieillard plié, son sommeil l'a emporté. Une vie se vide, puis une rage incompréhensible fait surface, une rage longue à calmer. Elle n'a jamais pu comprendre pourquoi – sans saisir qu'il n'y a aucun pourquoi. Le vieillard se tient derrière elle – plutôt, elle est dos à lui; elle ne supporte pas de le regarder. Elle l'a aimé, tellement; et il l'a fait souffrir. Incapable de combattre sa colère. Il la répugne. Elle se retourne brusquement, fait face à son monstre et l'envoie au diable. Les dents serrées, les yeux rouges, elle lui crache au visage et s'en va.

        Le père se retourne, machinalement, puis se remet à errer dans les rues, parmi les autres, la foule des dépravés, des pourris, des décapités. Ils s'assemblent sans raison, leurs gémissements pesants remplissent les parcs, le creux des forêts, les ruelles. Ces présences reniées ne vont plus tarder à disparaître. De telles ruines n'ont leur place que dans le passé.

27 oct. 2010

Rosebud.

       Je viens d'écouter Citizen Kane pour la énième fois. Grands Dieux que ce film est incroyable. Un grand classique du cinéma, un film fondamental dans la construction du cinéma moderne.

       Pour ceux qui ne l'auraient pas vu, il s'agit de la biographie fictive de Charles Foster Kane - basé sur la figure réelle de William Randolph Hearst. Kane est un magnat des communications, un des hommes les plus riches et les plus influents au monde. Adopté dans son jeune âge par un riche investisseur, trainé loin de ses parents biologiques pauvres, il obtient une vie de rêve, une vie de laquelle il peut faire ce qu'il désire. Tout au long de sa vie, cet homme, Kane, ne connait réellement qu'une seule situation : un dilemme émotionnel dans lequel il tente de « persuader » les gens qu'il les aime tellement qu'ils devraient l'aimer lui, en retour. Ce film est l'histoire d'un homme triste, qui a tout gagné et tout perdu à la fois, qui n'a jamais pu satisfaire ses véritables besoins. Rosebud, l'élément central de l'énigme du film, est le mot que Kane prononce au moment de sa mort, le dernier mot qu'il prononce.

       Ce mot, Rosebud, des reporters tentent de trouver ce qu'il signifie. À cette fin, ils creusent toutes les sources d'information possibles - journaux intimes, gens qui l'ont côtoyé, etc. Ils ne trouvent toutefois jamais la clé de l'énigme. Seul le spectateur se voit offrir cette réponse : Rosebud est le mot écrit sur le petit traineau à neige que Kane possédait dans son enfance, lorsqu'il était chez ses vrais parents. Ce traineau, il l'a gardé tout au long de sa vie. Rosebud, le nom de son traineau. Le symbole d'une vie qu'il aurait pu vivre, d'une autre identité qu'il aurait pu revêtir, d'un autre lui. Le symbole d'un autre chemin.

       Sur son lit de mort, un grand magnat des communications, un homme riche possédant des milliers d'oeuvres d'art, un ranch plus grand que l'état du Rhode Island, tout le pouvoir du monde, pense à l'autre vie qu'il aurait pu vivre, s'il n'avait pas été adopté par le richissime homme d'affaire.

       Cette réalisation porte à réflexion. Je me suis retrouvé à me demander si ma vie aurait été meilleure si les choses avaient pris un cours différent à certains points. Si telle ou telle chose s'était produite différemment. Ce genre de réflexion peut sembler malsain : ce qui est arrivé est arrivé, il ne sert à rien de divaguer sur ce qui aurait pu être, ce qu'il aurait pu se produire. « Avec des si, on mettrait Paris en bouteille. »

       Mais un homme, sur son lit de mort, se pose encore cette question. Le doute est constant, il gruge et défigure une vie entière. La recherche de l'amour des autres pousse un homme à se demander s'il n'aurait pas mieux vécu si le point tournant, l'élément majeur de sa vie ne s'était jamais produit. L'être humain est fait de cette manière - le rapport au temps est quelque chose qui va hanter tous et chacun, souvent sans même que l'on s'en rende compte. On respire constamment, parfois sans s'en rendre compte - un geste tellement habituel qu'on l'oublie : le rapport au temps est semblable. On l'oublie.

       Plusieurs moments de ma propre vie ont cette caractéristique : et si cet événement s'était produit différemment? Et si, durant mon voyage en Islande, mon bâton de marche ne m'avait pas empêché de faire une chute vers une falaise haute de 20 mètres? Et si, en sixième année du primaire, je n'avais pas été harcelé de manière constante par des enfants en quête de divertissement? Et si mes parents ne m'avaient pas encouragé à écrire dès mes premières années d'école? Tellement de questions qui vont toujours rester sans réponse. On peut aussi bien demander : et si les Espagnols n'étaient jamais débarqués en Amérique du Sud, que seraient les Incas à notre époque?

       Ces questions ont beau avoir l'air vaines, elle sont tout de même suffisamment puissantes pour habiter l'esprit d'un Homme de très forte manière. Il doit bien y avoir une raison à cela. Ce questionnement est d'une telle voracité qu'il s'impose irrévocablement, remet en question le rapport que nous entretenons avec le temps qui passe, avec l'impossibilité de revenir en arrière. Le passé n'existe que dans notre tête, jamais ailleurs. Il n'est qu'une illusion. Et notre questionnement se pose donc face à cette illusion de ce qui a été et jamais plus ne sera. L'Homme est un animal un peu bête, parfois - même souvent. Enfiler des pantalons, faire exploser une bombe atomique - mais être incapable de gérer vraiment son rapport avec un concept aussi fondamental que le temps.

       Drôle de monde que le nôtre, drôle d'espèce que l'Homme. Un singe en complet cravate qui nage dans une eau boueuse.

26 oct. 2010

Écrire.

Saint-Jérôme écrivant, de Caravaggio
       J'allais répondre au billet de Benoît Bourdeau, mais je me suis rendu compte que j'en avais plus long à dire que ce que je croyais. J'ai donc décidé d'en faire un billet.

       Je répondais à ce commentaire de Benoît :

« J'écris parce que j'aime ça. Qu'on le veuille ou non, inconsciemment, le but à atteindre est la publication. C'est toujours valorisant de savoir que notre produit est bien.

je crois que quelqu'un qui joue de la musique veut être écouté, celui qui écrit veut être lu et celui qui écrit des scénarios de films veut être vu


Cependant, il ne faut pas que cela devienne un fardeau ou une obligation, sinon, où est le plaisir? »

       « Inconsciemment, le but à atteindre est la publication » : d'accord.

       « C'est toujours valorisant de savoir que notre produit est bien » : en effet, mais est-ce qu'on écrit pour avoir des tapes dans le dos à chaque phrase qu'on compose? Je comprends ce que Benoît voulais dire et je crois que vous comprenez également ce que je tente de dire.

       Il faut que la motivation première en soit une qui se suffit à elle-même. Publier, pas tellement pour être lu, mais plutôt pour avoir le sentiment d'avoir accompli quelque chose dans le cadre du système littéraire moderne. La publication, c'est une consécration, c'est se faire dire qu'on joue dans la cours des gens sérieux. À notre époque où n'importe qui peu le faire sur internet, publier, c'est aussi un peu une blague.

       Écrire parce qu'on aime ça, d'accord. Mais c'est pas suffisant, sinon personne ne publierait. Publier pour être lu, exprimé de cette manière, on peut pousser ça un peu et aller voir ce qui se cache derrière.

       Je propose d'établir clairement la différence entre « être lu » et « partager un texte. » Quand on écrit, il y a une énergie qui se fond dans les mots qu'on pose sur la page, une énergie qui nous habite et qu'on transfert aux mots. Le texte, ici, prend le sens d'idée. Partager un texte, partager une idée. L'énergie qu'on infuse dans les mots en est une qui passionne, qui donne envie de créer dans le seul de rendre sa liberté à la création. Prendre plaisir à lui donner naissance et la regarder partir, voir les réactions qu'elle provoque. L'idée devient indépendante du créateur - concept de base auquel Barthes a consacré beaucoup de temps, entre autres le magnifique texte La mort de l'auteur. Elle s'insère dans l'esprit des autres et c'est magique de voir ça. Je crois que c'est ce partage qui compte réellement, pour quiconque aime créer. Le plaisir de brasser des idées, réfléchir et d'interagir. Il n'est question nul-part d'une soif de tapes dans le dos, il est question seulement d'êtres humains qui prennent plaisir à réfléchir ensembles : l'être humain est un animal social.

23 oct. 2010

Extrait.

       Mon cours Atelier d'écriture II lors duquel j'ai eu la chance d'avoir René Lapierre comme enseignant a été un point tournant excessivement important dans mon rapport à l'écriture et à la lecture, dans la manière que j'avais de m'exprimer par écrit et de comprendre les écrits des autres.

Chemin de fer trans-sibérien.
       Comme travail de fin de session, M. Lapierre nous a demandé de composer un essai réflexif sur notre rapport à l'écriture. Cette réflexion/composition a elle aussi été d'une énorme importance pour moi. La confiance que j'y ai acquise a été déterminante, complémentaire à celle que j'ai acquise durant l'atelier même.

       J'ai décidé de publier ici une partie de cet essai, partie qui précède la conclusion. Je ne suis pas absolument certain de ce que je désire accomplir en publiant ça ici. Je crois que j'ai simplement besoin de partager le fil de mes pensées avec d'autres.

       J'en publierai peut-être d'autres extraits éventuellement.



Voyages
Le mouvement représente mieux l'écriture que la destination – cela m'est clair. La vie même est un mouvement, et son langage s'élabore de diverses manières; dans mon cas, par l'écriture, entre autres. « […] La pensée peut secouer son modèle [en se définissant] dans le mouvement d'apprendre et non dans le résultat de savoir.1 » Ou encore : « Ce qui compte dans un chemin, ce qui compte dans une ligne, c'est toujours le milieu, pas le début ni la fin.2 » Jaillir du milieu, donc, en cours de route. C'est le cheminement à travers (autour n'existe qu'en théorie; dans les faits, tout est toujours en travers de quelque chose) qui offre des vues intéressantes, desquelles on pourra se nourrir. L'image du train en représente l'essentiel. La présence se résume à la ligne, dans sa continuité, son mouvement – le début et la fin sont élidés, ou plutôt, transfigurés. La pensée n'est pas faite d'une simple ligne, mais de plusieurs – et début et fin existent tout de même sous la surface, de manière éphémère. Ils ne résistent aucunement au temps; ils deviennent des traces dont on peut avoir un souvenir presque insaisissable : des points de rencontre. Les idées se fondent, évoluent. L'horizon intellectuel jouant son rôle, ces idées s'agglutinent à notre imagination – les moments délicieux de Camus. Mon rapport à l'écriture est donc fondamentalement dynamique. Ce que j'écris honnêtement aujourd'hui sera peut-être pour moi un mensonge demain, ou en était peut-être un hier; qu'importe. L'honnêteté ne peut s'établir que dans l'ici et le maintenant. La seule temporalité divergente qui soit d'une réelle importance est celle qui place l'auteur avant son œuvre : « l'Auteur est censé nourrir le livre, c'est-à-dire qu'il existe avant lui, pense, souffre, vit pour lui.3 » Tout le reste est présent, sans début ni fin.


1Gilles Deleuze et Claire Parnet, Dialogues, Paris, Éditions Flammarion, 1996, p.32.

2Ibid, p.37.

3Roland Barthes, Le bruissement de la langue, Paris, Éditions du Seuil, 1984, p.64.

20 oct. 2010

Relire. Revoir. Ré-écrire. Repenser. Rechercher. Revivre. Re.

       J'ai fait des recherches, ces derniers jours. Grâce à des carnets tenus par les Jésuites dans lesquels ils tenaient compte de ce qui se passait dans les colonies, j'ai découvert que mon ancêtre est arrivé en Amérique en 1641. Un homme de 24 ans, seul. Sa mère, restée en France, est morte 4 ans plus tard. J'imagine difficilement les adieux qu'ils se sont faits.

       La famille entière est descendue de ce seul homme, un bâtisseur, un self-made-man qui ne savait même pas signer son propre nom en mettant les pieds sur le nouveau continent. À sa mort, il était comptable pour Samuel de Champlain et juge seigneurial, un homme important possédant une  bonne librairie dans un monde où les livres étaient une denrée rare. Entre ces deux événements, il a été maître charpentier et a participé à la construction de forts près de Trois-Rivière. Il a aussi participé à une attaque contre les Iroquois, comme volontaire - puis il est resté captif des amérindiens pendant 11 semaines, avec deux de ses camarades. Seulement lui et un camarade sont revenus - l'autre a été brûlé par les Iroquois.

       J'ai découvert ça et puis je me suis senti fier. Je me demande si cet homme a pensé un seul instant qu'un de ses innombrables descendant serait fier de lui 400 ans plus tard.

       Je pense prendre son nom comme un de mes noms de plume.

*     *     *

       Revoir un film, pour mieux le comprendre. Ça m'arrive, quelques fois. Hier, j'ai ré-écouté Made in U.S.A. de Jean-Luc Godard. Je n'ai pas grand chose à en dire, à part que le cinéma, c'est plus vaste que ce que le divertissement nous laisse croire. Le langage est complexe, riche, beau. Une image peut être comprise peu importe la langue que l'on parle - de la musique visuelle. Des émotions, ça n'a pas besoin de mots - d'ailleurs, les émotions sont quelque chose de trop important pour qu'on les fixe à des mots.

*     *     *

       J'ai cette chanson dans la tête depuis quelques jours. Je l'écoute souvent. Je la joue aussi. Les paroles me parlent. Schism, du groupe de métal progressif Tool, tiré de l'album Lateralus.

"Schism"

I know the pieces fit cuz I watched them fall away
Mildewed and smoldering. Fundamental differing.
Pure intention juxtaposed will set two lovers souls in motion
Disintegrating as it goes testing our communication
The light that fueled our fire then has burned a hole between us so
We cannot see to reach an end crippling our communication.

I know the pieces fit cuz I watched them tumble down
No fault, none to blame it doesn't mean I don't desire to
Point the finger, blame the other, watch the temple topple over.
To bring the pieces back together, rediscover communication

The poetry that comes from the squaring off between,
And the circling is worth it.
Finding beauty in the dissonance.

There was a time that the pieces fit, but I watched them fall away.
Mildewed and smoldering, strangled by our coveting
I've done the math enough to know the dangers of our second guessing
Doomed to crumble unless we grow, and strengthen our communication.

Cold silence has a tendency to atrophy any
Sense of compassion
Between supposed lovers/brothers


       C'est une de ces chansons qui porte des émotions complexes, sans que les mots aient à intervenir. Une de ces phrase d'un langage universel. Un film sans image. Une histoire sans mots.
       Et le texte nait de lui-même à travers ça.

*     *     *

       Je retravaille des textes, et j'en commence de nouveaux. J'ai beaucoup d'idées, mais elles ne sont pas encore mûres. Quand j'étais jeune, j'adorais grimper aux arbres pour aller chercher des pommes - ou pour ne rien aller chercher du tout. Les pommes, c'est meilleurs quand on grimpe pour aller les chercher. Ça a l'air simple, dit comme ça, mais faut pas se laisser berner. Aller aux pommes, ça signifie quelque chose. Maintenant, mon pommier, c'est des idées qui y poussent. Des idées de textes. Et j'ai grandit. Je sais maintenant que quelques fois, il vaut mieux être paresseux et laisser les pommes tomber d'elles-même, sans trop s'en faire. On pense à Newton puis on se dit, mouais, je crois que je vais piquer un somme au pied de mon pommier. Et puis on en reçoit une sur le crâne. L'idée est prête. On l'a vu naître, grossir, passer de vert à rouge, lentement. On savait ce qu'elle était, mais pas ce qu'elle deviendrait. Il faut être paresseux des fois.

       Je grimpe encore à mon pommier, des fois, mais pour le simple plaisir de grimper. Je laisse les pommes à leur place, sagement. Je grimpe sans raison, comme je le faisais parfois quand j'étais petit. C'est une des seule sagesses d'enfant qu'il me reste encore.

16 oct. 2010

Jigoku

Jigoku. Le vrai.
       J'ai une bronchite. Je crois. J'ai pas demandé à un médecin et je ne suis pas moi-même médecin. Mais je suis pas mal certain que c'est une bronchite. J'ai pas le nez bloqué, mes yeux piquent pas, je me sens pas faible à outrance. Mais je tousse. Creux. Et je crache. Je vous épargne les détails.

       Je cherche des remèdes de grand-mère. Si quelqu'un en connait, faites-m'en part, de grâce. J'en suis encore au verre de brandy avant le dodo pour activer mon système. Ça fonctionne bien, la bronchite perd du terrain chaque matin, mais on dirait qu'au cours de la journée, elle reprend le terrain perdu. Sûrement à cause de la fatigue accumulée durant le travail. Mais je lui redonne un autre coup le soir. Je me réveille et mes couvertures son trempes, mais je respire mieux et je tousse pas. En fait, je respire bien pas mal tout le temps, c'est juste que je tousse beaucoup, et ça fait mal.

       Ça me tente plus ou moins d'aller perdre 4 semaines dans la salle d'attente d'un cabinet de médecin. Surtout si c'est pour me faire dire de retourner chez moi et dormir et que ça va passer. « J'aurais pu juste dormir le temps que j'ai attendu dans la salle d'attente au lieu d'attendre et je serais déjà presque guérit. » Le médecin aimerait pas se faire dire ça, je suis certain. Il ferait semblant de rire derrière ses yeux bridés, mais il serait fâché. D'ailleurs, des yeux bridés, ça a toujours l'air de rire. Je suis pas raciste, je trouve simplement ça drôle. Drôle dans le bon sens, le sens respectueux. Il faut toujours s'expliquer de nos jours, faire un disclaimer avant de parler. J'ai fait le mien après, j'espère que j'aurai pas de poursuite judiciaire.

       J'ai tenté d'écouter un film hier soir. Jigoku, un film d'horreur japonais de 1960 par Nobuo Nakagawa. J'avais mon verre de brandy pour soigner ma bronchite et je me suis rendu compte après 15 minutes de film que jamais j'allais être capable de terminer le visionnement dans mon état fatigué. J'ai coupé le film. Je déteste faire ça. Un film, pour moi, c'est sacré. Surtout à la première écoute. Des films que je connais par coeur, ça me dérange pas de les couper, même de les écouter en simple fond pendant que je prépare à manger - en fait, j'adore préparer à manger en écoutant à moitié un film que j'adore et que j'ai déjà vu 50 fois. On dirait que peu importe où je serais, si je préparais à manger en écoutant à moitié un film que j'ai déjà vu 50 fois, je me sentirais chez moi. C'est étrange, le concept de "chez soi" et toutes les choses qui peuvent s'y rattacher.

       J'ai fermé les yeux après 15 minutes dans Jigoku. C'est là que j'ai compris que jamais j'allais terminer le film. Mes mains sont devenues molles, mes yeux faisaient à leur tête. Je me suis levé, j'ai arrêté le film, fermé la télé. Ce qui est chiant, c'est qu'une fois debout, je me sentais capable de terminer le film. Mais je savais que si je me rasseyais, j'allais recommencer à tapper des clous. Alors je suis allé lire un peu, question de pouvoir terminer mon brandy sans avoir à le caller d'un trait. Et puis j'ai dormi. Le genre de nuit trop courte, celle après laquelle tu te réveilles avec un vide. Et puis tu dois aller travailler après. Tu sais d'avance que la journée va être longue.

       Jigoku, ça veut dire « L'Enfer » en japonais.

12 oct. 2010

L'effet

The Idiot, de Kurosawa

       C'est un effet que peu de films ont eu sur moi. Mais chaque fois que l'effet a été présent, le film en a toujours été un qui m'a marqué à vie, comme au fer rouge. Un film qui revient me « hanter » sur une base régulière, qui s'incruste dans mon imaginaire, qui modifie à sa manière les engrenages de ma pensée. Je peux citer parmi ces films Stalker et Andreï Rublev, de Andreï Tarkovski, Alphaville, Le Mépris et Pierrot le Fou, de Jean-Luc Godard, The Idiot (Hakuchi), d'Akira Kurosawa, Metropolis, de Fritz Lang, Sunrise: A Song of Two Humans de Friedrich W. Murnau, La Passion de Jeanne d'Arc et Ordet, de Carl Theodor Dreyer, Dogville, de Lars Von Trier...
       
       La liste peut avoir l'air longuette, comme ça, mais c'est en fait un très très maigre pourcentage des films que j'ai vus. Il se passe quelque chose durant l'écoute de ces films, quelque chose que je ne saurais vraiment exprimer en mots. Le monde entier et notre propre corps se taisent entièrement et laissent toute la place à la relation entre notre esprit et l'œuvre qui défile à l'écran. Le résultat : notre esprit s'ouvre, comme une fleur tôt le matin, et l'œuvre se déverse littéralement en nous, à grand flots fracassants et indomptables. À partir de ce moment, l'œuvre nous habite et sera avec nous pour le reste de nos jours. C'est un impact de ce genre sur l'imaginaire qui donne à l'art toute sa magnificence, ses lettres de noblesse, sa valeur infinie.

Nosferatu - eine Symphonie des Grauens, de Murnau
       J'ai vu un autre de ces films, hier soir. Un film qui est allé se loger directement dans les très haut niveaux de ma liste de films marquants. Il s'agit de Aguirre, der Zorn Gottes, du cinéaste allemand Werner Herzog. Je connaissais déjà Herzog pour son Nosferatu, Phantom der Nacht - remake moderne de Nosferatu, eine Symphonie des Grauens, le grand classique muet de 1922 de Murnau. Dans ce remake, qui met en vedette le très volatile et instable Klaus Kinski, aux côtés d'Isabelle Adjani et de Bruno Ganz (Der Himmel über Berlin, Der Untergang), Herzog accompli l'équivalent cinématographique d'un miracle : prendre une œuvre classique fondatrice comme Nosferatu et la moderniser, lui donnant une touche personnelle, une saveur particulière, tout en laissant l'atmosphère, l'idée générale, l'âme de l'œuvre originale absolument intacte. Bref, je tenais déjà Herzog en très haute estime.

Klaus Kinski dans Aguirre, der Zorn Gottes, de Herzog
       Avec Aguirre, j'ai été simplement pétrifié. Je vois difficilement comment le décrire. Kinski, avec son génie féroce, crève l'écran de manière spectaculaire. Il s'est décrit lui-même comme étant un animal sauvage né en captivité avec, à la place de griffes, un talent d'acteur. Il dégage une rage terriblement humaine. L'histoire est simple : des conquistadors recherchent El Dorado. Malgré la simplicité apparente, c'est tout un univers qui se déplace au gré de l'Amazone. Un bateau coincé dont les occupants se suicident; une mutinerie contre le représentant légitime de la couronne d'Espagne; un petit noble nommé Empereur-pantin d'un nouvel Empire invisible, intangible, à la dérive; des Hommes perdus, désespérés, assoiffé d'or et de pouvoir qui jouent, comme des enfants, à se bâtir un monde imaginaire. Une folie se dégage de chaque scène, une folie que personne ne semble accepter pour ce qu'elle est, une folie qui les tue à petit feu en leur grugeant leur humanité. On voit le bateau envahit de singes, métaphore pour la régression de ces Hommes. C'est un film cruel,  poétique, dérangeant, d'un beauté remarquable, d'une humanité cinglante. L'un des plus marquant que j'ai eu la chance de voir. C'est de l'art. Point.

9 oct. 2010

Soupe à l'oignon

Ginette, m'en va sauter dans ton cerceau de soupe.
Vu que ma soupe à l'oignon semble en faire saliver plusieurs, j'me suis dit, aussi ben...

J'y vais pas mal toujours au pif, dans la cuisine. J'ai des livres de recettes, mais je m'en sert principalement pour m'inspirer. Et de toute manière, de la soupe à l'oignon, y'a rien de plus simple à faire.

- Faire fondre du beurre dans un giga-méga-chaudron (en fonte, c'est toujours mieux)
- Couper une batch d'oignons en lamelles
- Catapulter les lamelles d'oignons dans la casserole (je vais revenir plus tard au guide de construction de la catapulte à oignon)
- Mettre du miel au goût, question que ça caramélise un tantinet
- Laisser revenir ça à feu moyen/doux pendant un bail
- Quand ça te chante, t'ajoutes une bière bien houblonnée (du genre griffon extra-pale ale ou Rogue/Dead Guy Ale - la première est en épicerie, la seconde à la SAQ) le houblon donne une touche d'amertume qui relève la soupe
- Ajouter du bouillon de boeuf
- Laisser mijoter pendant que tu vas prendre une marche automnale (je crois que la marche automnale est l'ingrédient clé de ma recette - quand tu reviens, t'es zen et la soupe est meilleure)

Faites nager quelques croutons sur ça. Engagez du fromage comme tueur à gage pour noyer les croutons (s'assurer de faire paraître ça comme un accident). Tuer à son tour le fromage, au four.

Et puis c'est tout.

Certains la font avec du vin blanc plutôt que de la bière, je trouve ça moins gouteux. Et j'ai déjà tenté de remplacer le miel par de l'hydromel, tout en gardant la bière : ça a très bien fonctionné, ça a simplement coûté un peu plus cher. L'hydromel La Benoîte fait un très bon boulot. Et après ça, on peut accompagner la soupe d'un verre du même hydromel et d'une purée de courge. Plus automne que ça, tu vires toi-même jaune-orange-rouge.

Et merci à l'alléchante Ginette pour l'alléchante photo. (????????)

8 oct. 2010

Un peu de tout

       Je suis pas certain de ce que je vais dire dans ce billet. J'ai plusieurs trucs qui me trottent dans la tête. Ça va surement se terminer en un mélimélo (grands dieux que je hais ce mot) de tout et de rien.

*     *     *

       Rémy Couture passe devant tribunal le 13 octobre. Il est un artiste maquilleur extrêmement talentueux qui s'est fait arrêter en octobre 2009. Interpol a cru bon de crier à la police de Montréal que Rémy était un dangereux criminel, un tueur en série qui photographie et filme ses crimes sanglants. Je crois que c'est tout à la gloire du talent du monsieur que les forces de l'ordre croient à ce point à ses maquillages, mais il est accusé en cours et risque jusqu'à 2 ans de prison - c'est là que le compliment passe un peu au second plan. Son histoire est disponible ICI et sa page facebook est ICI. Évidemment, ce procès absurde est financé avec les fonds publics. C'est une vraie joke, mais étrangement, j'ai pas du tout envie de rire - et Rémy non plus.

*     *     *

       Je bosse de nuit, ce soir - de 23h ce soir vendredi à 6h demain, samedi. Jusqu'ici, pas de problème. Là où ça devient moins intéressant, c'est que je retravaille samedi de 15h à 18h. Et là ou c'est vraiment moins cool, c'est dimanche : je bosse de 8h à 17h30. La grosse journée de dimanche, avec mon décalage du vendredi/samedi, risque d'être exactement ça - une grosse journée. D'autant plus que je traine un début de rhume depuis hier. La fin de semaine va peut-être faire mal. Vive la SAQ et les horaires parfois un peu trop flexibles.

*     *     *

       Pour mon cours « robots et automates dans littérature d'imagination », j'ai à lire un bouquin de Villiers de l'Isle-Adam qui s'intitule L'ève future, publié en 1886. C'est une pièce de littérature très intéressante qui propose comme personnage principal une version imaginée de Thomas Edison, le célèbre inventeur. À lui la tâche de sauver un ami cher qui songe au suicide. La raison de cette grosse déprime? La femme dont il est amoureux, Alicia, est magnifiquement belle mais d'une idiotie assommante. Edison compte donc sauver la vie de l'ami en question en lui offrant une splendide nouvelle femme, réplique physique parfaite d'Alicia, mais qui saura parler au bon moment et se fermer la gueule quand il le faudra. Une misogynie quand même remarquable - tellement flagrante en fait, que je ne pouvais que croire qu'elle était un symbole pour autre chose. Et en creusant le roman, je me rend compte qu'en effet, Alicia, la jolie sotte, est une figure métaphorique de la société stupide qui agit sans réfléchir. Comme par magie, la misogynie se transforme en une critique sociale excessivement cinglante et Edison, en bon pourvoyeur d'inventions, se fait métaphoriquement créateur-en-devenir d'une société plus adaptée à l'Homme Cultivé. Intéressant comme revirement. Un roman typique de la fin du XIXe siècle, avec son texte assez lourd et sa poésie élaborée me devient soudainement plus agréable à lire - car, vous comprendrez, je sais maintenant quoi voir, quoi chercher. Et je crois m'en tirer d'assez belle manière dans mon analyse de mi-session.

*     *     *

       Ce soir, je me fais de la soupe à l'oignon gratinée et vous n'en aurez pas.
      

1 oct. 2010

Poésie I

Ivan's Childhood, Andreï Tarkovski

Horizon Forcé
 

Ne pas avoir de murs.
Une cheminée, une porte; y rester.
S'asseoir et vivre.
Regarder le temps terminer sa route.
Un nuage, aucun ciel; un horizon, rien au-delà.
En face, une cabane de poutres et de planches; pas de porte.
Y voir un enfant s'endormir.
L'observer, penser.
Perdre une famille.
Perdre une enfance.
Perdre ses murs.
Souffrir de l'absence.
Attendre de voir l'enfant s'éveiller.
Lui parler.
Accepter son silence.
Le froid de ses yeux.
Son sourire.
La crasse de ses joues.
Ne rien demander.
Laisser partir.
La pluie, son dos, ses haillons.
Mains dans les poches.
Pieds dans la boue.
Son horizon.